30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 16:21

Grande naïve devant l'éternel, je croyais qu'elle n'aurait jamais lieu, cette vingt sixième fois; non pas que je pensais  le quartier assaini de toute verminerie, mais tout simplement par confort moral, par zen attitude, par l' espoir d'écrire un jour le mot fin à cette longue série.

Il en est ainsi de la nature humaine surmontant X traumatismes, pour poursuivre la route elle se forge une espérance, car faut -il craindre à chaque seconde, un danger invisible et inquantifiable?

 

Tout événement qui met en cause ma survie me confronte à l'absolu de mon anéantissement; sans doute l'épreuve la plus redoutable pour une victime multirécidiviste. 

De quoi est-elle capable, pour un peu de paix, moins de souffrance, conserver son intégrité physique et une fuite devant ses peurs intérieures: de tout, y compris de se laisser tuer pour qu'enfin, son Aie devienne un "A l'aide" transformant ainsi le dire de ses souffrances en appel.

 

 

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Un samedi ordinaire, un jour de marché prometteur puisque veille de premier mai et des clochettes du bonheur. je m'active dans la librairie, la quantité de presse à mettre en place est très importante, il est presque 8heures et donc je fais mon travail.

La sonnette de la porte est actionnée, je prends ma pile d'invendus et débloque la porte. La personne qui se présente n'a, au premier coup d'oeil, rien d'extraordinaire, un pantalon de survêtement bleu marine, un haut de la même teinte et un bonnet vissé sur la tête; je le prends sans souci pour l'un des hommes travaillant sur le marché.

Pourtant, mon corps m'envoie déjà des signaux d'alerte, ma gorge se noue, mes jambes tremblent, et mes yeux se mettent à fixer ces deux mains gantées trifouillant pour l'une dans le bas de jogging et pour l'autre me plaçant un sac de plastique blanc sur la caisse dans un silence assourdissant.

Mon regard se plante dans le sien. à cet instant précis je ne me pose plus aucune question, juste l'anticiper, le sonder, voire l'hypnotiser tel un cobra avec sa proie. Il braque un pistolet sur moi, petit ressemblant à un automatique ancien modèle, vrai ,factice, impossible de le savoir face au canon.

Il me réclame "un astro taureau et la caisse", tout en agitant fébrilement autant la poche que le flingue.

Ne quittant pas ses yeux, je prends donc  dans le présentoir le jeu réclamé; il semble se détendre puisque j'agis selon sa volonté, ma main droite s'approche de la sienne, puis brusquement, je lui plaque sa main armée sur le comptoir, ne plus être face à l'arme, pouvoir me faufiler et le planter là. Parvenue prés de la porte, je me retourne et le vois me mettre en joue. je m'engouffre sur le trottoir, vite la petite place du marché, les commerçants s'y activent et il y a des hommes. L'individu me suit le pistolet à moitié dissimulé dans son plastique blanc, se sentant un peu coincé il balance ce dernier sous un étale, puis se ravise , le récupère et parvient à me dire dans un parfait français " je reviendrai, je ne fais jamais de bavure!" .

il part ainsi au beau milieu du marché, certains commerçants lui emboîtant le pas.

Libérée, je retourne à la boutique, je vomis, suis livide de trouille, toutes les émotions des 25 agressions précédentes me rejoignent, m'assaillent; je vais mettre une éternité à m'en remettre encore une fois.

Je n'ai pas déclenché l'alerte police que je paye pourtant tous les mois, tant j'ai perdu confiance en ces institutions aux valeurs inversées plus promptes à m'enfermer, me menotter, me blesser que de me protéger.

Pourtant je vais joindre sur son portable un des policiers municipaux, pas pour moi, dans ma démarche, mais pour le cas où l'individu ferait du mal à d'autres, il est de mon devoir de les protéger en le signalant.

Les caméras de la ville semblent parler, les témoins répondent présents et ne se défilent pas, monsieur le maire a passé un coup de fil m'informant de la tournure des choses, pourtant, pourtant, je demeure effarée, ma confiance est laminée; je ne peux oublier qu'une victime qui parle, s'exprime, dénonce, devient coupable à jamais.

 

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commentaires

9) 25/09/2011 23:07




cosette 19/08/2011 16:37


Et quelle est la suite de cette xième agression ? les caméras oui, mais ont ils retrouvé l'individu ? Mais dans quel pays et quel monde vivons nous ? en tous les cas bravo pour votre narration des
faits et votre humour malgré tout, le courage vient des femmes ça je le savais depuis longtemps...!


vegaelnath 23/08/2011 10:27



Aucune suite côté police et justice, par contre une suite côté agression puisque ce même auteur a braqué l'apres midi même la coiffeuse proche de l'église, lui dérobant deux cents euros avec le
pistolet sur la tempe!



Killian 03/06/2011 23:44


Un total soutien pour vous et votre courage admirable, même si je ne peux pas faire grand chose malheureusement...


OLIVIER 31/05/2011 09:16


Bon courage,
je suis de tout coeur avec vous. Tres bon site
Nous sommmes deja nombreux à avoir perdu confiance en les institutions:
amicalement

OLIVIR


Gainsbourg 30/04/2011 21:11


Bonjour,

encore un message vraiment poignant et qui fait fortement ressentir votre détresse. Merci de tenir le coup, c'est admirable. Mais si je comprends certaines des dynamiques qui entrent en jeu,
celle-là m'échappe :
"je ne peux oublier qu'une victime qui parle, s'exprime, dénonce, devient coupable à jamais."

Pourriez-vous m'expliquer ?


vegaelnath 01/05/2011 12:17



normal qu'elle vous échappe, c'est le sentiment qui habite chaque victime face aux diverses institutions; cette dernière devant se justifier de tout, y compris parfois d'avoir survécu au pire.
Ceci sera développé dans le livre; mon comportement n'est pas celui que l'on attend d'une victime ; je joue pour les élus et les institutions l'emmerdeuse dénonçant un politiquement correct ;
voire une horrible raciste ; car dire la vérité sur mon quotidien c'est être coupable de haine envers cette société sans doute là où ils comettent la plus grave erreur qu'il soit ,car oui je suis
raciste ,mais à la connerie humaine, et là ne rentre pas en ligne de compte ni la couleur de peau, ni les religions. ce biais là va donc être utilisé par les dites institutions pour me faire
subir 24h de garde à vue et me condamner le 26 mai prochain pour l'usage d'une expression "faire la bamboula". Soit transformer une victime en coupable



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