9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 09:32

Marie-Neige Sardin, 54 ans, est la dernière libraire du Bourget (Seine-Saint-Denis). Elle a vécu l’enfer : viol, braquages, agressions… Mais ne capitulera pas, elle reste.

Victime de 26 agressions dans sa boutique, Marie-Neige Sardin refuse toujours de laisser sans livres les habitants du Bourget

Victime de 26 agressions dans sa boutique, Marie-Neige Sardin refuse toujours de laisser sans livres les habitants du Bourget France Soir/Marie Marvier

Non. Marie-Neige Sardin crie « non » à la violence, à l’injustice. Non à la peur. La dernière libraire de proximité du Bourget (Seine Saint-Denis), investie dans son combat pour faire entrer la culture dans les milieux qui en sont privés, entend bien rester à son poste malgré vingt-six agressions en sept ans, dont un viol, et bien que les coupables, alors que toutes les preuves s’accumulent, soient laissés en liberté par une justice débordée.
Le destin de Marie-Neige est constitué d’injustice et de combat. Un destin sous le signe de la violence, dans une ville de banlieue, Le Bourget, ni meilleure ni pire que tant d’autres quartiers délaissés du département. Libraire et marchande de journaux, cette femme de 54 ans tient commerce à une cinquantaine de mètres de la station de RER. Façade orange vif, visible de loin, sa boutique croule sous les magazines et les livres. Des livres récupérés au pilon, qu’elle revend entre 1 et 3 €, quand elle ne les prête pas à un gamin pour lui donner le goût de lire. « Certains, à qui j’ai offert un manga, dévorent aujourd’hui Balzac », se réjouit-elle. Diffuser des mots, des concepts, de la pensée, c’est devenu, son unique raison de vivre. « Moins il y aura de culture, plus il y aura de violence », assène cette résistante, qui refuse de capituler. « J’aurais l’impression de trahir et de déserter », écrit-elle dans son livre Celle qui dit non (L’Œuvre éditions). Marie-Neige n’est pas fille d’un gendarme vétéran de 39-40 pour rien. Son père défilait chaque 14 Juillet, et pour la petite fille qu’elle était alors, « les couleurs de la patrie étaient celles du bonheur ». Aujourd’hui, les institutions dans lesquelles elle croyait, la police et la justice, l’ont bafouée.

Une sauvagerie sans limites

Il faut remonter huit ans en arrière pour comprendre son histoire. Un braquage à main armée. Deux jeunes qui lui fracassent le crâne sous les yeux d’un père de famille et de ses deux enfants, avant de rafler la caisse et les jeux de grattage. Marie-Neige reconnaît l’un des deux, porte plainte, forte du témoignage de son client. Sauf que, menacé de sévices sur ses enfants, celui-ci se rétracte. C’est quelques jours avant une confrontation chez le juge d’instruction que sa vie bascule irréversiblement. Le 22 juin 2004. Quatre hommes surgissent dans le magasin à l’heure du déjeuner, la rouent de coups, la traînent dans son appartement juste au-dessus, et la violent à plusieurs reprises, avec une sauvagerie sans limites, sous la menace d’un cran d’arrêt. « Si tu ne retires pas ta plainte, on fera encore pire à ta fille », lui crachent-ils. Lorsque la police arrive, tout est terminé. Lors de la déposition de Marie-Neige, un fonctionnaire lui posera cette question : « Mais pourquoi avez-vous écarté les jambes ? »
Dans les mois qui suivent, l’instruction suit son cours jusqu’au non-lieu, « faute de preuves », alors que les agresseurs se répandent dans toute la ville, fiers de leur exploit.

La résistance

Depuis, non seulement Marie-Neige croise régulièrement ses violeurs qui la narguent ouvertement, mais elle a subi 24 agressions supplémentaires, la plupart commises par des membres de la même bande : traînée par un scooter, avec un câble enroulé autour de son cou ; emmaillotée de la tête aux genoux avec du scotch avant d’être dévalisée, au point qu’elle manquera y laisser la vie en étouffant ; brûlée à la main par de l’acide ; sans parler des multiples braquages sans conséquences physiques. Tous ses agresseurs courent encore. Mais la petite libraire de Seine-Saint-Denis dit non. Elle continue de déposer plainte, écrit au chef de l’Etat, à tous les partis politiques, interpelle le maire et la justice, tente désespérément de se faire entendre. En vain. Chaque fois, sa parole est mise en doute. Elle sera pourtant indemnisée deux fois par la Civi (Commission d’indemnisation des victimes d’infractions), signe qu’elle est reconnue victime.
Jusqu’à cette aventure, alors qu’une voisine bruyante, nouvelle venue dans l’immeuble, l’empêche de dormir chaque nuit, Marie-Neige finit par lui demander, excédée à 3 heures du matin, d’ « arrêter de faire la bamboula ». Plainte de la voisine. Garde à vue de la libraire. Et une condamnation, surréaliste, à 500 € d’amende pour injures racistes. Son appel sera jugé en janvier prochain. « On assiste à un véritable renversement des valeurs », soupire Marie-Neige, désabusée.

Un livre comme un étendard

Autour d’elle, Le Bourget s’est vidé de ses commerces. « Depuis trente-trois ans que je suis là, j’ai vu cette ville se transformer. J’ai grandi ici. C’était une petite cité de banlieue calme et agréable. Aujourd’hui, le temps est à la peur et au stress permanent. » L’opticienne, la boulangère, la coiffeuse, toutes braquées ou violentées. Elles partent. Mais Marie-Neige s’accroche : « Mes agresseurs s’en prennent à moi parce que je suis la seule limite qu’ils aient jamais rencontrée dans leur vie, ni la justice ni leur éducation ne leur ont jamais résisté. »
Le combat est noble. Le danger certain. Une caméra est désormais braquée en permanence sur la librairie dans laquelle il faut sonner pour pénétrer. Mais la victime a des antennes : « Quand mes agresseurs sont dans les parages, mon corps se manifeste avant que mes

 yeux ne les voient. Je sens une crispation musculaire dans tous mes membres. Je les cherche alors du regard. Et je les trouve toujours.

»
Son livre est affiché en vitrine, comme un étendard. En une semaine, plus de 70 citoyens du Bourget l’ont déjà acheté, stupéfaits de découvrir en détail ce qu’ils connaissaient par la rumeur. Ils manifestent leur solidarité et demandent des dédicaces. Pourtant, deux personnes ne liront jamais les mots crus et violents de Marie-Neige : sa mère et sa fille, auxquelles elle n’a cessé de penser à chaque agression, « ce qui m’a tenue en vie. » Elles, elles ne souhaitent pas en savoir plus. Le livre leur est dédié.

Par Marie Marvier

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commentaires

Rita 20/11/2011 13:11

Qu'ils sont laches, ces elus et autres parasites de la purse publique! Et la reputation de la France (si belle autrefois, avant l'invasion par cette racaille)est vraiment au sous-sol a l'etranger
(je vis en Australie et il n'y a plus beaucoup de respect pour ce qu'est devenue la France).

Reveillez-vous, les Francais, il est 1 minute avant minuit! Suivez l'example de cette femme courageuse, ne la laissez pas se battre toute seule! Divided you fall, united you stand! Bravo,
Marie-Neige!

vegaelnath 20/11/2011 14:33



Merci pour votre présence de si loin; elle me touche beaucoup, puisse le peuple entendre enfin:))



Cameron 1863 05/11/2011 13:40


Madame, j'admire votre pugnacité bravo !

Message aux forces de l'ordre républicaine et aux élus du peuple français : qu'avez vous fait de votre honneur ?


Ketsia Germany 20/10/2011 14:07


Merci


guy 20/10/2011 13:47


Madame, également je viens de vous écouter sur RMC, quel courage avez vous!!!! Félicitations il manque de gens comme vous dans cette France qui n'est plus comme on l'a connue hélas!!!! nous aussi
dans notre petit village de 2000 habitants avons de sérieux problèmes avec ces jeunes nous nous battons, je vous comprend et je vais lire votre livre
Cordialement


Moi 20/10/2011 13:42


Je vous ai écouté sur RMC. Pourquoi continuer à mener un combat où l'omerta et l'indifférence des habitants sont aux abonnés présents ? N'est-ce pas à la limite de la schizophrénie que de vouloir
vous substituer au devoir de nos élus. On croule sur toute sorte d'association d'utilité publique, c'est à elles que reviennent entre autres la mission pour laquelle vous vous êtes engagée.


carrière 20/10/2011 13:34


Bravo pour votre réaction, je vais commander votre livre , une façon de vous soutenir.


BUFFET 20/10/2011 13:24


J'ai entendu aujourd'hui votre intervention sur RMC. J'ignorais votre combat.Certains parlent de "courage":c'est désolant d'utiliser ce mot pour une situation ou chacun en France a le droit de
s'implanter et de s'y maintenir légalement là ou il/elle le souhaite.Anciennement pantinois,je dois dire que certaines communes du 93 n'ont jamais eu très bonne réputation.Mais c'est vrai que
depuis quelques décennies des générations en provenance de l'étranger se sont implantées dans ce département sans qu'on prenne garde toutefois à la mixité raciale et sociale.Pas étonnant,ensuite
que ce département soit vilipendé,parfois à tort,d'autre fois à raison,comme un département "dépotoir". La politique de la mairie de Le Bourget qui ne soutient pas semble t il les petits
commerçants est contreproductive car cela finit par aboutir à des zones d'habitation désertifiées peu attractives pour l'extérieur:y pense t il? La mixité sociale et raciale est important à mon
avis, on le voit par exemple à Montreuil qui pendant longtemps pour le bas Montreuil celui qui jouxte Paris était une zone repoussoir.Aujourd'hui, Montreuil est une ville pour partie assez
recherchée:pourquoi? En partie parcequ'il y règne une certaine mixité sociale(les fameux bobos et Dominique Voynet leur maire en est un peu l'image). Pour mettre fin aux zones de non droit,il faut
rétablir cette mixité sociale et qui passe aussi par des zones ou peuvent s'installer à la fois des habitants mais aussi des commerces,des PME:une ville,quoi! Rien que pour cela, je suis avec vous.


Olivier 20/10/2011 13:20


je viens de vous entendre sur RMC et je te tiens à vous exprimer mon profond respect et mon soutien. Je vous souhaite vraiment de quitter cette commune qui ne vous apporte plus rien si ce n'est de
la terreur.Il n'y a pas de place pour les gens comme vous dans une zone de non-droit. Les politiques pissent dans leur froc, la police est résignée et la justice est désinvolte. L'état a abdiqué et
nous trinquons tous alors quittez cette ville au lieu de vous sacrifier et vivez la belle vie que vous méritez amplement. Amitié.


Nicolas 10/10/2011 22:56


Bonsoir,
A mon tour, je tiens à vous apporter tout mon soutien et réconfort dans votre combat. Certains le comprennent, d'autres pas, mais vos choix vous appartiennent et doivent être respectés,
toujours.
Je regrette que quelques-uns se croient autorisés, à récupérer votre histoire, et à stigmatiser une population d'origine étrangère. La bêtise, la méchanceté et autres maux sont partagés quelque
puisse être la couleur de peau.
Je vous souhaite plein de bonnes choses. Chaleureusement.


Céline 10/10/2011 20:10


Je viens également de vous entendre sur Europe 1 et ai été bouleversée par votre témoignage.
Je comprends votre "envie de dire non" et de ne pas céder devant cette violence et cette bande mais cela vaut il le coup de risquer votre vie pour cela ? Comme le dit Laure N. en commentaire, les
90% de la population qui comptent dans votre motivation à rester n'ont pas l'air prompts à vous aider, hélas.
En tout cas, je vous envoie toute ma sympathie et tout mon soutien. Votre courage force le respect.


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  • : Le blog de Marie Neige,les 36 ans d'une libraire au coeur du 93.
  • Le blog de Marie Neige,les 36 ans d'une  libraire au coeur du 93.
  • : libraire sur la commune de le bourget depuis 36 ans, mon carnet de route au coeur d'un département en pleine mutation; mon vécu de victime et mes 34 agressions en 10 ans; mes humeurs, mes pourquoi, vos comment, mes pleurs,vos rires, la vie en somme . AVERTISSEMENT: Seuls les textes publiés sur ce blog sont écrits par moi-même.Il circule sur la toile des écrits signés de mon nom qui ne m'appartiennent pas.
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