15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 06:35

Découvrir un tel texte au petit matin avant l'ouverture de l'échoppe m'a touchée en plein coeur et j'en remercie vivement l'auteur:

 

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"Madame,

 

Cela fait plus d’une année maintenant que j’ai découvert votre lutte et lu votre livre et votre blog.

Cela fait autant de mois que je voulais vous écrire, mais, comme trop souvent, le fil tendu du

quotidien ne s’est pas assez rompu pour laisser place à cet élan, et la cause que je voulais servir avec ces mots était trop précieuse pour être galvaudée et bâclée entre deux portes.

C’est seulement maintenant, alors que je découvre, atterrée, effondrée, que vous avez encore subi, pour la 31ème fois (!!!) une agression barbare, dans l'indifférence délirante des élus, que je me décide, enfin, à vous faire part de mon admiration totale et sans réserve pour votre courage et votre héroïsme qui n’a rien, mais rien à envier à celui des Résistants : vous êtes une Résistante, dans tous les sens du terme. Même si vos bourreaux ne sont pas de la Gestapo, ils ont très exactement la même volonté d’humilier, de détruire une identité, de conquérir et de soumettre par la terreur. Ce sont des barbares protégés par la complicité de collabos.

A cette admiration se mêle donc l’effroi, l’indignation, la colère devant l’inqualifiable lâcheté des politiques, des magistrats, policiers même, des « gens de justice » qui ont vendu leur âme et leur pays aux plus violents. Qui tremblent devant les tyrans en uniforme molletonné comme les démocraties molles face à Hitler à Munich en 1938. Comme eux, comme ceux de Vichy et de la milice, ils sont coupables, sans hyperbole, de crime de haute trahison envers leurs citoyens qu’ils abandonnent.

Puissent-ils un jour devoir rendre compte de leurs crimes et de tous ceux qui sont commis par les mains qu’ils soutiennent en ne les menottant pas. Qu’ils affrontent alors, le visage découvert, au vu et au su de tous, non pas la vengeance hurlante, mais le mépris silencieux, glacial et cinglant des gens dignes aux yeux ouverts. Et que la honte les ronge, s’ils ont encore assez d’âme pour en être capables.

 

Le récit que vous faites des procès et des gardes à vue que vous avez subis est en bien trop de points semblable à ceux des procès staliniens qui déforment langage et réalité pour étouffer les prisonniers politiques dans une glu idéologique et totalitaire dont ils ne peuvent pas se délivrer, puisqu’on viole jusqu’aux mots de la langue française pour les distordre, eux aussi, et leur ôter tout leur pouvoir de clarté libératrice.

Après l’enfer des régimes totalitaires communistes et celui du nazisme, nous sommes de nouveau, plus que jamais, dans le 1984 de George Orwell. Tous ceux qui ont le malheur de parler, de bouger rencontrent très vite les mailles de cet immense filet : la dictature n’est plus molle. Elle est là, étouffant, écrasant, piétinant tout soubresaut de liberté.

Au cas où l’on voudrait encore croire et espérer, on finit de comprendre, en lisant le récit de votre calvaire, à quel point les institutions déliquescentes de notre pays réussissent le tour de force d’allier le chaos des zones de non droit à la terreur d’un état policier qui menace celui qui ne pense pas dans la droite ligne du Parti dominant.

 

L’histoire de ce pays est certes prodigue en heures de délire sanglant, du massacre de la Saint Barthélémy au génocide vendéen : il est la matrice originelle du totalitarisme politique, et c’est aujourd’hui vers lui que nous glissons chaque jour un peu plus.

Tout comme les meurtres de l’ambassadeur et des diplomates américains en Lybie, tout comme chaque violence, chaque dégradation, chaque insulte, vos 31 agressions sont autant de déclarations de guerre à la France et à l’Occident. Et notre civilisation n’est plus que l’ombre d’elle-même pour faire ainsi la sourde oreille. Tout comme en 1938, Churchill pourrait dire aujourd’hui : « Vous avez préféré le déshonneur à la guerre : vous avez le déshonneur, et vous aurez la guerre. »

 

Madame, vous êtes en première ligne dans les rangs encore bien trop timides de la Résistance.

Je vous admire et vous comprends, dans votre obstination à ne pas abandonner, fût-ce au péril de votre vie. Partir, pour vous, serait une trahison, une désertion.

Mais De Gaulle n’a-t-il pas fui la France pour lancer son appel ? Ne pourriez-vous pas mieux

résister en vous sauvant, en sauvant votre vie, et abandonner le Bourget pour mieux servir la France ? Un soldat vivant est plus utile qu’un soldat tombé.

J’ai peur pour vous, bien autant que pour mon pays. Et je ne veux pas qu’une 32 ou 33ème agression (l’âge du Christ) alourdisse encore votre chemin de croix. Vous êtes déjà, par

 l'imperturbable voix posée de votre témoignage et de votre ténacité, sur la même marche que Jean Moulin dans l'échelle de l'héroïsme sans avoir besoin de connaître la même fin que lui.

(Est-il besoin de rappeler que "martyr" veut dire "témoin" ?)

Cherchez la liberté où elle se trouve encore. Fuyez le piège pour mieux combattre.

Tout comme dans les réseaux de résistance, il n’est pas déshonorant d’entrer dans la clandestinité et de chercher à s'échapper de la ville assiégée ou du goulag.

Nombreux sont ceux qui vous offriraient refuge.

Madame, votre voix n'est pas vaine, et votre calme fierté, votre lumineuse dignité sont magnifiques.

Quel contraste avec la fureur éructante de vos ennemis!

De là, sans doute, vient que tant de gens, sur place, ne vous croient pas: on ne sait plus qu'il est possible d'exprimer sa douleur en toute dignité, sans hurler, sans frapper, sans se rouler par terre, sans se tirer les cheveux ou se griffer le visage

Ne vous sacrifiez pas plus. Restez parmi nous !

 

Je vous envoie la plus vibrante affection que vous puissiez recevoir en toute quiétude.

J’aurais voulu vous l’exprimer directement, dans votre boutique, mais la distance rend la visite difficile, et je préfère ne plus attendre.

                                                                                                          L. C.

 

PS1 : En attendant, je re-commande (en librairie) et recommande (à mes amis) plusieurs exemplaires de votre livre que les professeurs feraient mieux de donner à lire à leurs élèves plutôt que des textes de rappeurs ultraviolents.

Si justice est faite, un collège ou une école devrait porter un jour votre nom, comme on a donné le leur à ceux qui ont subi les violences des années 1940, même s'ils en sont revenus !

 

PS2 : Vous connaissez peut-être ce chant hélas tellement juste, grave broderie sur le thème du chant des partisans.

Je vous indique tout de même le lien avec les paroles retranscrites en plus. Puissent-elles assoupir un peu votre douleur : l'amertume est plus douce en musique et en mots.

Le Chant des résistants

nouvelle version par Jean-Paul Orcel, d’après Joseph Kessel et Maurice Druon"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Raoul 01/12/2012 16:45

Belle plume! Bon courage à vous, Marie-Neige, on finira par les avoir.

José Fco. 27/09/2012 03:48

Je vous souhaite bon courage, vous êtes une femme ... femme !

Charles Martel MoiEtMoi 15/09/2012 14:56

Superbe !
J'ai mis cette info en commentaire sur http://christinetasin.over-blog.fr/article-des-musulmans-declenchent-la-guerre-de-civilisation-contre-leur-principal-allie-l-heure-de-verite-a-110101657.html
en attente de validation.
J'ai aussi posté sur G+ : https://plus.google.com/114179521680087953808 & http://ScoopItIslam.chickenkiller.com

Marcoroz 15/09/2012 13:07

Magnifique lettre !

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  • : Le blog de Marie Neige,les 36 ans d'une libraire au coeur du 93.
  • Le blog de Marie Neige,les 36 ans d'une  libraire au coeur du 93.
  • : libraire sur la commune de le bourget depuis 36 ans, mon carnet de route au coeur d'un département en pleine mutation; mon vécu de victime et mes 34 agressions en 10 ans; mes humeurs, mes pourquoi, vos comment, mes pleurs,vos rires, la vie en somme . AVERTISSEMENT: Seuls les textes publiés sur ce blog sont écrits par moi-même.Il circule sur la toile des écrits signés de mon nom qui ne m'appartiennent pas.
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