1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 07:50

Mon petit papa,

 

 

 

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j'espère que tu vas bien, que tu as retrouvé tous tes copains de l'escadron 212, car désormais, plus un seul d'entre vous, ne partage mon quotidien; la vie est triste sans vous tous.

 

Vos rires, vos blagues, vos chansons, vos histoires, vos discussions sans fin sur le monde et nos politiques me manquent. 

 

Vos conseils, votre écoute, vos remarques ou vos engueulades raisonnent pourtant encore en mon coeur. Mes souvenirs en sont imprégnés et bien souvent c'est en pensant à vous tous, que je retrouve cette sérénité protectrice, dont vous m'avez fait don, chaque jour un peu plus, en partage.

 

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Tu te souviens, lorsque tu m'avais appris à nager sous l'eau, au milieu de La Charente, pour voir les poissons au fond des eaux claires, à en frétiller de plaisirs; ce jour là, tu m'avais communiqué ton savoir faire, pour nager en apnée et décompter le temps.

Cet apprentissage m'a sauvé la vie, quarante-cinq ans plus tard, lors de la tentative d'assassinat par étouffement au Scotch...A cet instant précis, où la vie terrestre quittait mon corps, ta voix, puis ton sourire, puis la chaleur de tes mains sont venus me propulser sous les eaux et me rendre ma mémoire: celle de la survie.

De cette mort éminente, tu as fait, par delà le visible, un instant de magie, celle de nos retrouvailles.

 

 

 

Depuis, je te l'avoue, je repense souvent à nous deux, à la caserne, aux bals de la sainte-Geneviève et aux confettis que je cherchais partout dans vos cheveux quand vous rentriez du bal avec maman. Je vivais mes plus belles années et  j'en souris encore. M'asseoir entre vous deux, dévorer une tartine de pain grillé et vous écouter me raconter, la valse à quatre temps, votre tango endiablé, le jeu de la chaise gagné par vous deux ou la bourrée retrouvée.

Puis maman allait se coucher, je me blottissais en tes bras, ma tête contre ton coeur et bien souvent tu me racontais, La France:

 

-celle de mes grands-pères, dans les tranchées de 14-18 et les têtes d' obus transformées en encrier;

-celle de ton enfance et de tes cerfs-volants;

-celle de la guerre de 39-45 où tu fus fait prisonnier et envoyé à Dresde et ses environs; 

-celle de ta résistance en devenant interprète, ayant ainsi accès aux précieux renseignements; car derrière ton grand sourire et tes yeux rieurs se cachait un redoutable observateur, l'ennemi lui, te prenait pour un grand naïf! tu en ris encore, j'en suis certaine.

De la guerre, tu ne m'as jamais conté les horreurs, préservant mes oreilles de petite fille, mais tu m'as appris à m'oublier pour ce pays, tu m'as communiqué ton amour pour sa liberté de pensée, d'être, de vivre.

-celle de la guerre d'Algérie durant laquelle je suis née et qui te valut le surnom de "chibani" car tu étais le plus vieux de l'escadron.

-celle de De Gaulle et ton admiration, ton respect, pour ce général qui conduisit le peuple à la victoire, disais tu .

Je ne t'ai vu pleurer ouvertement devant moi, que le jour où tu appris sa mort, même ma main dans la tienne ne te consolait pas.

Lorsque tu n'étais pas en déplacement, tu venais me border, instant magique, trop rare cependant, pour la petite fille que j'étais; Au creux de l'oreille, tu me murmurais ceci:

" Minège, songe toujours aux priorités de ta vie, mon coeur; tout d'abord, il y a ton Pays, notre patrie, puis viennent ta Région, ta Ville, ton Quartier,  ta Rue, ton Escalier, ton Voisin, ta Famille proche et s'il te reste encore du temps pour te sauver toi, alors fonce mon amour, le devoir n'attend pas, La France a besoin de tes bras, bisous, fais de beaux rêves, mon ange".

Aujourd'hui, papa, notre patrie souffre, s'épuise, se disloque, s'étiole; elle est méconnaissable :

- mes bras ne suffisent pas à la relever,

- ma voix n'a pas trouvé l' écho nécessaire à la faire se réveiller,

- mes yeux cherchent en vain la reconnaissance de ses couleurs,

- mon coeur bat à tout rompre, la patrie est en danger......

 

 

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Pourtant, tu sais papa, je tente de faire au plus proche de ce que tu m'as transmis toi , maman, tes copains, mais La France ne m'entend plus. 

Elle est trahie, bafouée de toute part, par ceux qui se disent français parce qu'ils sont nés sur son sol, mais aussi par ceux qui sont français de souche comme l'on dit aujourd'hui.

 

Il est fort mal vu d'oser vouloir rétablir, l'ordre, le bon sens et le respect.

 

Il est dangereux de s'exprimer ouvertement à la façon de Voltaire ou d'utiliser de vieilles expressions françaises.

 

Il est criminel de dénoncer ses violeurs et de vouloir pour eux la cour d'assise.

 

Il est passible de la cour martiale, toute personne, qui comme moi, tire à boulets rouges sur des institutions, des élus de la République, pour manquement grave à leurs obligations de protection.

 

Papa, j'ai fait vingt-quatre heures de garde à vue, pour avoir résisté et fait mon devoir de fille envers sa patrie.

Je sais désormais, que ceux qui ont commis cela, étaient encore plus ignobles que je ne le pensais .

 

Le chauffeur du commissaire de La Courneuve (Henry Claude), qui appartenait avant, à la Brigade d' Information de Voie Publique, est en prison pour racket auprès des commerçants étrangers et des prostituées......

 

je te laisse apprécier; déjà à ton époque, la gendarmerie ne portait pas la police dans son coeur...tu imagines le chantier, car justement, le gouvernement veut tout réunir.....Dans le 93, ils vont s'arrêter entre-eux à ce rythme!

 

"Un gendarme derrière chaque policier",

                                       semble être une bonne devise, non!

 

Quant au capitaine Gallet, l'homme qui s'intéressait de près, à savoir ce que je ressentais, à la vue d'une France Islamique, il vient d'être promu commandant; sans doute pour bons et loyaux services rendus à l'état.

J'espère qu'il ne laissera plus traîner ses godillots sous son bureau, pas le bon profil du grade, côté représentant de la police dite nationale. C'est promis, je lui fais cadeau d'une bombe .....désodorisante:))

 

Tu vois, l'on est toujours salie par plus sale que soit; mais il faut dire que dans toute cette chienlit, j'ai gardé le meilleur pour la fin.

 

 

Un député a réagi, d'autres suivront, le déni ne peut se poursuivre au nom de toutes les victimes. 

 

 

 

 

 

Le 25 septembre, j'avais lancé un appel au peuple qui a été fort bien entendu ;

Ce jour là, j'ai senti ton souffle dans mon cou à maintes reprises, une super ambiance, avec des moments forts et des échanges vrais.

 

 

 

 

  
 

 

Chaque soutien était une petite lumière, dans mon tunnel, je ne marchais plus à tâtons, dans la crainte de choir; je pouvais me redresser, me tenir debout, faisant face à l'ampleur de la tâche.

 

Je pouvais enfin, lâcher ce fil de soie me reliant perpétuellement à toi, pour tendre mes mains vers eux, avancer ensemble vers demain, pour que TA France soit encore LA LEUR, pour l'éternité .

 

 

 

 

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Je t'embrasse très fort, c'est promis, je serai toujours fidèle à nos valeurs, à nos couleurs, à nos rires;

la prochaine fois,  je te raconterai, comment j'ai infiltré la nouvelle mosquée.

             Que les étoiles vous gardent mon père.

 

 

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commentaires

MOI 06/11/2010 08:03


Belle lettre

( PS vous avez écrit mort éminente

Lapsus (?) pour Imminente ???


Marcoroz 08/10/2010 13:42


Beau texte, émouvant et touchant par son authenticité. Je partage les mêmes sentiments que les commentateurs ci-dessus, que puis-je ajouter ?

Moi aussi, j'aime beaucoup cette photo.


Gégé 05/10/2010 11:08


Encore une fois, vos mots me touchent au coeur et à l'âme !

Je puis certifier que votre courage verra sa récompense !


Philippe 04/10/2010 02:16


Marie-Neige - Madame, vous êtes une femme remarquable et votre lettre est trés émouvante. Je vous sais courageuse, tenez bon, vous nêtes pas seule. Je me permets de vous embrasser respectueusement.


anne.kerjean 03/10/2010 18:15


La photo de votre père est attendrissante et vous si jolie !

amitiés,

anne.kerjean


Michel Alain Labet de Bornay 03/10/2010 17:01


SVP, cet article m'a arraché des larmes,( à 59 ans) alors ne recommencez plus merci. Je pense a mon père combattant en Algérie, mon granp père libérateur de la France en 44 et mes oncles et grands
oncles morts ou gazés en 14. Et j'ai honte pour eux.Ils doivent ce retourner dans leurs tombes comme ton papa.
Courage et bises.
Michel


Jean Ducluzeau 03/10/2010 16:54


Lettre émouvante, Marie-Neige. J'y ai retrouvé l'émotion que j'ai moi-même exprimée dans mes lettres à mes parents décédés. Père et mère : nos racines les plus profondes, nos repères indélébiles.
Ne vous croyez pas si seule, Marie-Neige, car tgrès nombreux sont ceux qui vous connaissent et approuvent votre combat ; mais peu nombreux sont ceux qui savent l'exprimer ; cependant ils sont là, à
vos côtés.


Jean 03/10/2010 10:48


Désolé Marie Neige petit oubli...une citation d'un disparu récent (grande perte)
Claude Chabrol à Isabelle Huppert qui venait de perdre sa maman , en plein tournage d'un film :

"Ne laissez pas la mort grignoter la vie"

Voilà...tout est dit.

PS les petites choses provoquent de bien grandes choses, preuve qu'elles ne sont pas de si petites choses !


Jean 03/10/2010 08:03


Très belles paroles adressés à l'au delà.
Tenez pour compléter je vous apporte la parole de Jacques Salomé ce matin, capté sur la chaine parlementaire ce matin !

1. Il faut apprendre à s'aimer
La culture jeudi chrétienne nous a façonné de telle manière que nous sommes convaincus que l'autre est plus important que l'autre

2. Il ne faut pas s'oublier
un amour de bienveillance, de respect
la façon dont on se regarde le matin dans la glace

3. Il faut apprendre à se respecter
dire oui ou non non sans se sentir coupable

4. la responsabilisation
je suis pas responsable de tout ce qui m arrive mais
je suis responsable de ce que j'en fait

4. apprendre à être fidèle à soi même
par ses engagement , par ses choix de vie , par ses valeurs. Il faut faire confiance à ce que l on ressent

http://www.lcpan.fr/Le-vrai-bonheur-existe-t-il-06306.html

Voilà le cadeau d'un français de souche qui aurait pu être à votre place , avec des gendarmes dans sa famille, et qui comprend bien ce que vous dîtes sur les hautes valeurs morales de la
gendarmerie française , valable pour la plupart de ses gendarmes. Quant à la police...no comment pour certains (car il ne faut jamais généraliser...)

Et Vive le Général De Gaulle !
"l'argent est le plus grand ennemi de la France"
"les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent"...


Sha-ka 02/10/2010 21:24


Un très beau texte. J'espére de tout coeur que ce n'est que le début de la remise à flot..


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  • : Le blog de Marie Neige,les 36 ans d'une libraire au coeur du 93.
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  • : libraire sur la commune de le bourget depuis 36 ans, mon carnet de route au coeur d'un département en pleine mutation; mon vécu de victime et mes 34 agressions en 10 ans; mes humeurs, mes pourquoi, vos comment, mes pleurs,vos rires, la vie en somme . AVERTISSEMENT: Seuls les textes publiés sur ce blog sont écrits par moi-même.Il circule sur la toile des écrits signés de mon nom qui ne m'appartiennent pas.
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